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La pratique des bodhisattvas en 37 points

Par Gyelsè Thokmé Sangpo (1295-1369) 

  1. Ayant obtenu cette précieuse vie humaine, vaisseau rarissime doté des libertés et richesses, afin de libérer les autres et nous même de l'océan du samsara, écouter, réfléchir et méditer jour et nuit sans interruption est une pratique des Bodhisattvas.
  2. Du côté de nos amis et de ceux que l'on aime, coule l'eau de l'attachement; du côté de nos ennemis brûle le feu de l'aversion. Dans l'obscurité de l'ignorance on perd la notion de ce qui doit être abandonné et de ce qui doit être pratiqué. De sorte qu'abandonner son pays et sa maison est une pratique des Bodhisattvas.
  3. Quand nous abandonnons les entourages néfastes, les émotions perturbatrices diminuent graduellement.  Sans distractions, notre pratique des vertus se développe automatiquement.  Avec la clarté de l'esprit, la certitude dans le Dharma augmente.  Demeurer en solitude est une pratique des Bodhisattvas.
  4. Un jour, les chers et vieux amis devront se séparer; les biens et les richesses obtenus avec tant d'efforts devront être laissés en arrière. La conscience, hôte du corps, quittera sa demeure.  Renoncer à tout attachement à cette vie est une pratique des Bodhisattvas.
  5. Si nous avons de mauvais compagnons, les trois poisons augmentent, notre réflexion et notre méditation se dégradent, l'amour et la compassion sont anéantis. Abandonner cette dangereuse compagnie est une pratique des Bodhisattvas.
  6. Lorsque nous nous en remettons à eux, nos fautes sont éliminées et les qualités augmentent comme la lune croissante.  Chérir ce parfait maître encore plus que son propre corps est une pratique des Bodhisattvas.
  7. Comment les dieux de ce monde pourraient-ils avoir la possibilité de nous libérer, étant eux-mêmes liés à la prison du samsara. Prenons plutôt refuge dans ce à quoi nous pouvons nous fier. Prendre refuge dans les Trois Joyaux qui ne peuvent nous trahir est une pratique des Bodhisattvas.
  8. Toutes les insupportables souffrances des mauvaises destinées sont, dit le Bouddha, être le fruit des actions négatives. Ainsi, ne jamais commettre d'actes mauvais, même au prix de sa vie, est une pratique des Bodhisattvas.
  9. Les plaisirs des trois mondes sont comme la rosée sur la pointe d'une herbe qui dure un instant et ensute disparaît. Aspirer à la libération suprême, qui est immuable, est une pratique des Bodhisattvas.
  10. Depuis des temps sans commencement, nos mères ont pris soin de nous avec tendresse. Pendant qu'elles souffrent, qu'aies-je à faire du bonheur ? Afin de libérer l'infinité des êtres, produire la bodhicitta est une pratique des Bodhisattvas.
  11. Toutes les souffrances, sans exception, viennent du désir du bonheur pour soi-même, alors que les parfaits Bouddhas sont nés du désir de rendre les autres heureux. C'est pourquoi échanger complètement son bonheur contre celui des autres est une pratique des Bodhisattvas.
  12. Si sous l'emprise d'un désir violent ou d'une cruelle nécessité, quelqu'un vole toutes nos possessions ou incite quelqu'un à les voler, être plein de compassion, lui dédier son corps, ses biens et ses vertus des trois temps, est une pratique des Bodhisattvas.
  13. Même si quelqu'un essaie de nous trancher la tête, alors que nous n'avons commis aucun tort, dans un désir sincère de compassion, prendre toutes les fautes de l'autre sur soi est une pratique des Bodhisattvas.
  14. Si certains me calomnient au point de remplir le monde entier de ces médisances, en retour, louer avec amour leurs vertus est une pratique des Bodhisattvas.
  15. Si en compagnie de plusieurs personnes, l'une médise à notre sujet ou révèle une faute que nous voulons cacher, la considérer comme un maître suprême et lui rendre hommage est une pratique des Bodhisattvas.
  16. Si quelqu'un que nous avons aidé et protégé comme notre propre enfant ne nous rend qu'ingratitude et aversion, le chérir comme une tendre mère envers son enfant affligé par la maladie est une pratique des Bodhisattvas.
  17. Si un être qui est votre égal ou un être qui vous est inférieur, de manière évidente vous méprise ou essaie par orgueil de vous abaisser, le respecter comme son maître, en le plaçant comme plus élevé que soi est une pratique des Bodhisattvas.
  18. Quand nous sommes abandonnés, accablés de maladies et de soucis, ne pas nous décourager, mais penser à prendre sur nous les mauvaises actions commises par les êtres et leurs souffrances est une pratique des Bodhisattvas.
  19. Quand on a une bonne réputation et le respect de tous, et la richesse de Vaishravana, voir que la richesse mondaine est sans substance et ne pas avoir l'orgueil de cette constatation est une pratique des Bodhisattvas.
  20. A moins que soit dominé l'ennemi de notre agressivité, plus nous combattons nos ennemis extérieurs, plus ils se multiplient.  Discipliner cet esprit avec l'armée de l'amour et de la compassion est une pratique des Bodhisattvas.
  21. Les plaisirs sensoriels sont comme de l'eau salée; plus on en use, plus notre soif augmente. Abandonner pour de bon les objets qui nourissent notre attachement est une pratique des Bodhisattvas.
  22. Tout ce qui apparaît est de la nature de l'esprit, et l'esprit lui même est depuis les temps infinis libre des deux extrêmes. Comprendre cette nature (Tathâtâ) et ne pas concevoir sujet et objet comme existant de façon inhérente est une pratique des Bodhisattvas.
  23. Quand nous rencontrons un objet attirant , bien que nous le voyions beau et réel, le voir vide comme un arc-en-ciel d'été et abandonner l'attachement envers lui est une pratique des Bodhisattvas.
  24. Les diverses souffrances sont comme celles de la mort d'un enfant en rêve. Tenir pour vérité ce qui n'est qu'apparence trompeuse est une inutile fatigue du corps et de l'esprit. Quand nous rencontrons des circonstances défavorables, les approcher en pensant qu'elles ne sont qu'illusion est une pratique des Bodhisattvas.
  25. Si celui qui désire l'éveil doit sacrifier son corps, sa précieuse vie humaine, est-il besoin de mentionner les objets extérieurs à abandonner ? C'est pourquoi, sans espérer une récompense ou un "fruit karmique", donner généreusement est une pratique des Bodhisattvas.
  26. Si, sans discipline éthique, nous ne pouvons pas atteindre nos propres desseins, vouloir combler les voeux des autres êtres est une pure plaisanterie. Garder les règles et les voeux, non pour un but temporel et samsarique mais pour aider tous les êtres vivants, est une pratique des Bodhisattvas.
  27. Pour un fils de bouddha qui désire la richesse de vertueux mérites, ceux qui lui causent du tort sont comme un précieux trésor.  Être parfaitement patient, sans irritation, ni ressentiment envers quiconque  est une pratique des Bodhisattvas.
  28. Même les pratyekas bouddha et les shrâvakas qui ne sont concernés que par leur propre libération, pratiquent avec effort comme s'il avaient la tête en feu. Pratiquer l'effort joyeux, source de toutes les qualités, pour le profit de tous les êtres, est une pratique des Bodhisattvas.
  29. Réalisant que les émotions perturbatrices sont éliminées par le calme mental et la vue pénétrante, cultiver la concentration qui surpasse les quatre types d'absorption du royaume sans-forme est une pratique des Bodhisattvas.
  30. Sans prajnâ (la sagesse), les cinq vertus précédentes ne peuvent être appelées paramita (excellentes, parfaites) et sont incapables de nous conduire à la bouddhéité. Avec les moyens habiles, cultiver la vue juste qui perçoit que celui qui agit, l'acte et celui pour lequel on agit, manquent totalement d'existence inhérente est une pratique des Bodhisattvas.
  31. Si nous n'examinons pas nos propres erreurs, nous pouvons avoir l'air d'un pratiquant sans l'être véritablement.  Toujours examiner nos erreurs et nos fautes pour s'en séparer complètement est une pratique des Bodhisattvas.
  32. Si nous mentionnons les fautes d'un autre boddhisatva sous l'influence de nos émotions négatives, nous en sommes diminué.  Ne pas mentionner les fautes qu'ont pu commettre ceux qui sont sur le chemin du Mahayana est une pratique des Bodhisattvas.
  33. Pour recevoir des offrandes et être entourés de respect, nous nous combattons les uns les autres avec un esprit de compétition au détriment de notre attention à l'étude, la réflexion et la méditation. Abandonner tout attachement envers les dons de ceux qui nous soutiennent, les amis et notre entourage est une pratique des Bodhisattvas.
  34. Les paroles dures agitent l'esprit des autres et cause la détérioration de la pratique d'un Bodhisattva. Abandonner les paroles dures qui blessent les autres est donc une pratique des Bodhisattvas.
  35. Les émotions perturbatrices récurantes sont difficiles à éliminer par les forces qui leur sont opposées.  Armé des antidotes, la pleine conscience et la vigilance, détruire les émotions perturbatrices dès le moment qu'elles se manifestent est une pratique des Bodhisattvas.
  36. En résumé, quoi que nous fassions dans n'importe quelle circonstance ou condition, demandez-vous : "Quel est l'état de mon esprit?"  Avec une constante pleine conscience et vigilance, accomplir le bien des autres est une pratique des Bodhisattvas.
  37. Dédier les mérites résultant de nos efforts à l'obtention de la bouddhéité, à l'illumination par la sagesse de la vue de la vacuité des trois sphères d'action, ceci pour anéantir les souffrances de l'infinité des êtres, est une pratique des Bodhisattvas.

Pour tous ceux voulant s'entraîner sur la voie des Bodhisattvas, j'ai écrit Les trente-sept pratiques des boddhisatvas, suivant ce qui a été énoncé par les Excellents sur le sens des soutras, des tantras et des commentaires.